Une mutation profonde du paysage vétérinaire français
Depuis une quinzaine d’années, le modèle traditionnel de la clinique vétérinaire indépendante est confronté à une mutation d’ampleur. Si la figure du vétérinaire libéral, à la fois soignant, gestionnaire, manager et commerçant, reste majoritaire, elle est désormais mise sous pression par l’arrivée massive de groupes d’investissement et de chaînes de cliniques. Ce mouvement, bien amorcé en Europe du Nord, gagne rapidement du terrain en France.
En parallèle, la gestion quotidienne des structures vétérinaires devient de plus en plus complexe : hausse du coût du foncier dans les zones urbaines, pénurie de personnel vétérinaire et para-vétérinaire, exigences accrues des clients, obligations réglementaires, investissements technologiques… autant de défis qui interrogent la pérennité du modèle indépendant.
L’arrivée des groupes : une nouvelle donne
Vers la fin des années 2010, plusieurs groupes de cliniques vétérinaires se sont implantés en France comme par exemple :
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IVC Evidensia (groupe britannique), présent dans plus de 10 pays européens, dont la France.
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AniCura (d’origine suédoise, racheté par Mars Petcare), avec un fort développement en Europe de l’Ouest.
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Univet, Vetpartners ou encoreFovea qui structurent des réseaux nationaux ou régionaux.
Ces groupes rassemblent désormais plusieurs centaines de cliniques en France, selon des logiques de rachat progressif : les vétérinaires propriétaires cèdent tout ou partie de leur capital, et bénéficient en retour d’un accompagnement administratif, RH, marketing, et souvent d’une valorisation plus attractive que dans le cadre d’une vente à un confrère.
Une gestion devenue un frein pour les indépendants ?
Si les cliniques indépendantes représentent encore la majorité des établissements, de plus en plus de vétérinaires estiment que la gestion d’une clinique devient trop lourde à porter seul :
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Gestion RH, comptabilité, conformité réglementaire, achats, digitalisation : autant de compétences éloignées du cœur de métier clinique.
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La difficulté à recruter ou à garder des collaborateurs (vétérinaires ou ASV), notamment en zones rurales, est aussi un facteur de découragement.
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Le prix du foncier ou la vétusté des locaux freine souvent l’envie d’investir ou de moderniser.
Certains praticiens préfèrent donc rejoindre un groupe pour se concentrer sur la médecine vétérinaire, en échange d’une part d’autonomie.
Quelles alternatives pour l’indépendance ?
Pour autant, la clinique indépendante n’est pas condamnée. Elle évolue :
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Depuis quelques années des solutions émergent, comme les groupements vétérinaires ou les plateformes partagées pour la logistique, le marketing, ou les achats.
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Des vétérinaires s’organisent en SCM, GIE ou réseaux coopératifs, afin de mutualiser les charges et renforcer leur pouvoir de négociation.
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Le développement de services numériques communs (boutiques en ligne mutualisées, outils de relation client) est un levier de modernisation sans perte d’indépendance.
- Les centrales d’achats comme Centravet ou Alcyon sont toujours des partenaires qui en plus de distribuer des produits vétérinaires demeurent des partenaires historiques de leur quotidien.
L’innovation locale, la relation de confiance avec les clients, la flexibilité et l’ancrage territorial restent des avantages compétitifs pour les structures indépendantes.
Vers un modèle hybride ?
À moyen terme, un modèle hybride semble émerger. Ni 100 % indépendant, ni totalement intégré à un groupe, le vétérinaire de demain pourrait choisir :
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De céder une part de son capital pour conserver un rôle médical tout en déléguant la gestion.
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De rejoindre un groupement coopératif tout en restant propriétaire de ses murs et de sa clientèle.
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De spécialiser sa clinique pour se démarquer (comportement, dentisterie, NAC, physiothérapie…) face à une offre généraliste de groupe.
Ce choix sera fortement influencé par l’âge, les priorités personnelles, le lieu d’exercice et l’appétence pour la gestion d’entreprise.
Le modèle de la clinique vétérinaire indépendante évolue, mais ne disparaît pas. Il doit composer avec un paysage plus complexe, plus concurrentiel, mais aussi plus riche en opportunités de structuration. Pour survivre et prospérer, l’indépendant devra se professionnaliser, s’entourer et rester agile. À la croisée des chemins, c’est bien une question de choix stratégique et de vision à long terme.